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      <p>La premi\u00e8re chose que S\u00e9l\u00e8ne vit d&rsquo;Ashfall fut la lumi\u00e8re. Pas la maison. Pas les grilles. Pas les colonnes noires qui montaient dans la nuit comme des os anciens. La lumi\u00e8re. Bleue, froide, presque \u00e9lectrique, filtrant derri\u00e8re les fen\u00eatres hautes et les rideaux lourds. Elle ne promettait pas de chaleur. Elle promettait une invitation trop belle pour \u00eatre honn\u00eate. Le taxi ralentit devant le portail. Le chauffeur ne dit rien depuis plusieurs minutes. Il avait pourtant parl\u00e9 tout le trajet, de la pluie, des routes, des maisons trop grandes pour les gens qui y vivaient, des familles qui poss\u00e9daient des collines enti\u00e8res et les silences autour. Puis Ashfall \u00e9tait apparue au bout de l&rsquo;all\u00e9e, et m\u00eame lui avait compris qu&rsquo;il valait mieux se taire. S\u00e9l\u00e8ne posa une main sur la vitre. Le froid passa dans sa paume. Elle avait imagin\u00e9 ce moment des dizaines de fois depuis l&rsquo;appel de Ma\u00eblys, depuis le message d&rsquo;Eden Veyr, depuis la promesse d&rsquo;un contrat, d&rsquo;un lancement, d&rsquo;un lieu capable de donner \u00e0 son livre l&rsquo;\u00e9crin que son ambition r\u00e9clamait. Elle avait imagin\u00e9 du luxe. Elle n&rsquo;avait pas imagin\u00e9 cette sensation pr\u00e9cise : celle d&rsquo;arriver devant une chose qui vous attendait d\u00e9j\u00e0 avant m\u00eame de conna\u00eetre votre nom. Son t\u00e9l\u00e9phone vibra. Ma\u00eblys. T&rsquo;es arriv\u00e9e ? Et si le mec a une cape, tu pars. Je suis s\u00e9rieuse \u00e0 37 %. S\u00e9l\u00e8ne sourit malgr\u00e9 elle. Elle r\u00e9pondit : Pas de cape visible. Maison inqui\u00e9tante. Potentiel marketing excellent. La r\u00e9ponse arriva aussit\u00f4t. C&rsquo;est comme \u00e7a que les h\u00e9ro\u00efnes meurent. S\u00e9l\u00e8ne releva les yeux vers Ashfall.</p>
      <div class="audio-cue" data-audio="[AUDIO \u2014 pluie nocturne fine, moteur bas, pneus sur gravier mouill\u00e9]">[AUDIO \u2014 pluie nocturne fine, moteur bas, pneus sur gravier mouill\u00e9]</div>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas ce soir, murmura-t-elle. Le taxi franchit le portail.</p>
      <p>Le bruit du monde sembla rester derri\u00e8re. La route priv\u00e9e montait entre des cypr\u00e8s noirs. Leurs silhouettes se penchaient sur la voiture comme des t\u00e9moins anciens. \u00c0 gauche, la pente descendait vers des jardins invisibles. \u00c0 droite, un mur de pierre disparaissait sous le lierre. La pluie dessinait des lignes mouvantes sur les vitres, d\u00e9formant la fa\u00e7ade d&rsquo;Ashfall jusqu&rsquo;\u00e0 lui donner l&rsquo;air d&rsquo;un visage sans bouche. S\u00e9l\u00e8ne serra son sac contre elle. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur, son ordinateur, ses notes, le manuscrit presque termin\u00e9 d&rsquo;Ashfall, un carnet noir, trois stylos et un flacon miniature de parfum qu&rsquo;elle avait cr\u00e9\u00e9 elle-m\u00eame pour tester une id\u00e9e d&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle. Baies. Pas sucr\u00e9. Pas doux. Des fruits rouges \u00e9cras\u00e9s sous quelque chose de plus sombre. L&rsquo;entr\u00e9e. Elle ne savait pas encore pourquoi ce mot lui venait. Le taxi s&rsquo;arr\u00eata devant les marches.</p>
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      <p>Un homme l&rsquo;attendait sous le porche. Pas Eden. Trop \u00e2g\u00e9. Trop droit. Costume noir, oreillette discr\u00e8te, parapluie ouvert avec une pr\u00e9cision presque militaire.</p>
      <div class="audio-cue" data-audio="[AUDIO \u2014 portail m\u00e9tallique qui s\u2019ouvre lentement, pluie sur carrosserie]">[AUDIO \u2014 portail m\u00e9tallique qui s\u2019ouvre lentement, pluie sur carrosserie]</div>
      <div class="audio-cue" data-audio="[AUDIO \u2014 moteur qui s\u2019\u00e9teint, porti\u00e8re, pluie plus pr\u00e9sente]">[AUDIO \u2014 moteur qui s\u2019\u00e9teint, porti\u00e8re, pluie plus pr\u00e9sente]</div>
      <p class="dialogue">&mdash; Mademoiselle Moreau. S\u00e9l\u00e8ne descendit. La pluie toucha ses chevilles, le bord de sa jupe, les manches de son manteau. Le froid la r\u00e9veilla d&rsquo;un coup.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est moi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Monsieur Veyr vous attend. Bien s\u00fbr qu&rsquo;il attendait. Tout dans cette maison semblait attendre. L&rsquo;homme prit sa valise sans demander. Elle le laissa faire seulement parce qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas envie de lutter contre une poign\u00e9e sous la pluie, mais elle nota le geste. \u00c0 Ashfall, on enlevait les choses des mains avec politesse. Elle monta les marches. La porte \u00e9tait immense. Bois noir, ferrures anciennes, heurtoir en forme de gueule animale. Pas un lion. Pas un loup. Quelque chose d&rsquo;hybride, ouvert sur un cri silencieux. L&rsquo;homme poussa la porte.</p>
      <p>La chaleur ne vint pas imm\u00e9diatement. D&rsquo;abord, il y eut le silence. Large. Luxueux. Presque vivant. Puis l&rsquo;odeur. Bois cir\u00e9. Pierre froide. Cire. Et, tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement, des baies rouges, comme si quelqu&rsquo;un avait \u00e9cras\u00e9 un fruit entre deux pages d&rsquo;un livre ancien. Le hall d&rsquo;Ashfall aurait pu para\u00eetre excessif dans n&rsquo;importe quelle autre maison. Ici, il semblait simplement logique. Sol en pierre noire, escalier double, lustres bas, portraits aux cadres sombres, bouquets rouges presque trop frais dans des vases de cristal. Des rideaux lourds coupaient les fen\u00eatres en longues blessures verticales. Une chemin\u00e9e br\u00fblait au fond, mais la pi\u00e8ce ne devenait pas accueillante pour autant. Le feu avait l&rsquo;air engag\u00e9 pour le d\u00e9cor, pas pour le confort. S\u00e9l\u00e8ne retira son manteau. Une femme apparut, silencieuse, pour le prendre.</p>
      <div class="audio-cue" data-audio="[AUDIO \u2014 grande porte qui s\u2019ouvre, pluie qui devient sourde]">[AUDIO \u2014 grande porte qui s\u2019ouvre, pluie qui devient sourde]</div>
      <p class="dialogue">&mdash; Merci, dit S\u00e9l\u00e8ne. La femme inclina la t\u00eate sans sourire. D&rsquo;accord. Ambiance fun\u00e9raire, personnel compris. Elle aurait d\u00fb se sentir ridicule avec sa valise, ses cheveux mouill\u00e9s, son mascara probablement d\u00e9plac\u00e9 par la pluie. Au lieu de \u00e7a, une partie d&rsquo;elle se redressa. Elle avait construit un univers sombre dans ses fichiers, ses notes, ses vid\u00e9os, ses teasing. Ashfall lui r\u00e9pondait : tr\u00e8s bien, petite autrice, voyons si tu sais marcher dans ce que tu vends. Des pas descendirent l&rsquo;escalier.</p>
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      <p>S\u00e9l\u00e8ne leva les yeux. Eden Veyr n&rsquo;avait pas besoin de se h\u00e2ter. C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re chose qu&rsquo;elle comprit. Certains hommes entrent dans une pi\u00e8ce en cherchant \u00e0 la prendre. Lui descendait comme si la pi\u00e8ce avait toujours su qu&rsquo;elle lui appartenait, et qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas besoin de le rappeler. Costume noir, chemise ouverte au col, cheveux sombres, visage taill\u00e9 dans une fatigue \u00e9l\u00e9gante. Il n&rsquo;\u00e9tait pas beau de fa\u00e7on douce. Il \u00e9tait beau de la mani\u00e8re dont une lame peut l&rsquo;\u00eatre sous la lumi\u00e8re : pr\u00e9cis, inutilement attirant, objectivement mauvaise id\u00e9e. Ses yeux se pos\u00e8rent sur elle. Noirs. Pas vides. Mesureurs.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; S\u00e9l\u00e8ne Moreau. Sa voix \u00e9tait plus basse que dans ses messages vocaux. Moins s\u00e9duisante, donc plus dangereuse.</p>
      <div class="audio-cue" data-audio="[AUDIO \u2014 chaise qu\u2019on recule, pas lents, tissu]">[AUDIO \u2014 chaise qu\u2019on recule, pas lents, tissu]</div>
      <p class="dialogue">&mdash; Eden Veyr, r\u00e9pondit-elle. Un coin de sa bouche bougea. Pas un sourire. Une preuve qu&rsquo;il aurait pu en faire un et qu&rsquo;il choisissait de garder l&rsquo;arme rang\u00e9e.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous \u00eates venue malgr\u00e9 les avertissements.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous en avez envoy\u00e9 ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; La maison suffit g\u00e9n\u00e9ralement. Elle regarda autour d&rsquo;elle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle manque un peu de subtilit\u00e9. Cette fois, presque un sourire.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous aussi, apparemment. Le silence qui suivit ne fut pas vide. Il fut une premi\u00e8re n\u00e9gociation.</p>
      <p>Eden ne lui tendit pas la main. S\u00e9l\u00e8ne remarqua ce d\u00e9tail avant tous les autres. Il aurait pu. Il aurait pu prendre la sienne, jouer l&rsquo;h\u00f4te impeccable, la guider, imposer d\u00e8s le d\u00e9but un contact banal. Il ne le fit pas. \u00c0 la place, il s&rsquo;\u00e9carta l\u00e9g\u00e8rement pour indiquer le salon.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Nous parlerons mieux pr\u00e8s du feu.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; La maison a des endroits o\u00f9 l&rsquo;on parle moins bien ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Beaucoup.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Rassurant.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je n&rsquo;avais pas l&rsquo;intention de l&rsquo;\u00eatre. Elle le suivit. Le salon principal \u00e9tait plus bas, plus sombre, plus intime que le hall. Cuir noir, biblioth\u00e8que immense, table basse en marbre, verres de cristal, roses rouges dans un vase si sombre qu&rsquo;il paraissait rempli d&rsquo;encre. Sur la table, cinq petites bo\u00eetes noires. S\u00e9l\u00e8ne les vit imm\u00e9diatement. Baies. Roses. Figuier. Tub\u00e9reuse. Lys. Les noms \u00e9taient inscrits sur des \u00e9tiquettes cr\u00e8me, d&rsquo;une \u00e9criture fine. Elle s&rsquo;arr\u00eata.</p>
      <div class="audio-cue" data-audio="[AUDIO \u2014 verre pos\u00e9 au loin, pluie contre vitres hautes]">[AUDIO \u2014 verre pos\u00e9 au loin, pluie contre vitres hautes]</div>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez fait pr\u00e9parer \u00e7a ? Eden suivit son regard.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous vouliez une exp\u00e9rience sensorielle.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je vous ai parl\u00e9 de bougies dans un mail de travail.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez parl\u00e9 de cinq bougies dans trois mails, deux notes jointes et un message vocal de quatre minutes.</p>
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      <p class="dialogue">&mdash; Vous analysez beaucoup les choses.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; J&rsquo;\u00e9vite de perdre du temps. S\u00e9l\u00e8ne s&rsquo;approcha des bo\u00eetes. Elle toucha celle marqu\u00e9e Baies. M\u00eame odeur que dans le hall. Sauf que l\u00e0, elle \u00e9tait plus nette. Fruits rouges \u00e9cras\u00e9s. Bois sombre. Un fond m\u00e9tallique presque imperceptible.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous avez d\u00e9j\u00e0 choisi celle de l&rsquo;entr\u00e9e, dit Eden. Elle leva les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pardon ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Baies. C&rsquo;est le parfum d&rsquo;ouverture. Celui qui donne envie d&rsquo;avancer m\u00eame quand une partie de soi sait qu&rsquo;elle devrait attendre dehors. La phrase \u00e9tait trop proche de ce qu&rsquo;elle avait ressenti. Elle n&rsquo;aima pas \u00e7a.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous parlez comme quelqu&rsquo;un qui a r\u00e9p\u00e9t\u00e9.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous \u00e9crivez comme quelqu&rsquo;un qui \u00e9coute. Touch\u00e9. Elle referma la bo\u00eete.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je suis venue pour discuter d&rsquo;un lancement, pas pour \u00eatre diss\u00e9qu\u00e9e par un homme trop bien \u00e9clair\u00e9.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les deux peuvent se chevaucher.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mauvais slogan.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tr\u00e8s bon avertissement. Ils s&rsquo;assirent face \u00e0 face. Pas trop pr\u00e8s. Pas trop loin. Une distance calcul\u00e9e par quelqu&rsquo;un qui savait exactement ce que les espaces peuvent provoquer. Eden versa de l&rsquo;eau, pas de vin. Encore un d\u00e9tail.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous ne buvez pas ? demanda S\u00e9l\u00e8ne.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mais pas ce soir ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pas quand je n\u00e9gocie avec une femme qui surveille d\u00e9j\u00e0 mes mains. Elle baissa les yeux. Ses mains \u00e0 lui \u00e9taient effectivement dans son champ de vision depuis le d\u00e9but. Longues, calmes, sans bague. Des mains capables de fermer une gorge ou un contrat avec la m\u00eame \u00e9l\u00e9gance, probablement.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous \u00eates observateur.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous \u00eates prudente.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je devrais l&rsquo;\u00eatre davantage.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. La simplicit\u00e9 de la r\u00e9ponse la surprit plus qu&rsquo;un compliment. Il ne cherchait pas \u00e0 la rassurer. Pas \u00e0 la convaincre qu&rsquo;elle \u00e9tait en s\u00e9curit\u00e9. Pas \u00e0 jouer l&rsquo;homme dangereux mais pas avec toi, cette vieille chanson que les livres rendaient trop s\u00e9duisante et que la vraie vie rendait souvent path\u00e9tique.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors pourquoi me faire venir ici ? Eden posa son verre.</p>
    ` },
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      <p class="dialogue">&mdash; Parce qu&rsquo;Ashfall peut porter votre livre mieux que n&rsquo;importe quel lancement num\u00e9rique. Parce que votre communaut\u00e9 veut une porte, pas seulement un fichier. Parce que vous avez compris quelque chose que beaucoup d&rsquo;auteurs ratent : le d\u00e9sir d&rsquo;entrer commence avant la premi\u00e8re page. S\u00e9l\u00e8ne sentit son ambition se redresser malgr\u00e9 sa m\u00e9fiance. C&rsquo;\u00e9tait exactement cela. Pas un livre seulement. Une exp\u00e9rience. Une attente. Un rituel.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et vous, qu&rsquo;est-ce que vous voulez ? demanda-t-elle. Eden la regarda un moment. Trop longtemps pour que la r\u00e9ponse soit simple.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Que vous \u00e9criviez ici.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ici ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Les derniers chapitres. Un rire lui \u00e9chappa.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous \u00eates s\u00e9rieux ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <div class="audio-cue" data-audio="[AUDIO \u2014 cloche de verre soulev\u00e9e, page d\u2019un livre]">[AUDIO \u2014 cloche de verre soulev\u00e9e, page d\u2019un livre]</div>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous invitez une autrice dans votre maison pour qu&rsquo;elle termine son roman dark romance sous surveillance gothique ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je n&rsquo;aurais pas formul\u00e9 ainsi.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Dommage. Ma version vend mieux. Un vrai sourire, tr\u00e8s court, apparut. Puis disparut.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous aurez une chambre. Un acc\u00e8s aux salons. Aux archives si je l&rsquo;autorise. Aux bougies. \u00c0 Karol House pour pr\u00e9parer le lancement. Vous restez libre de partir.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Libre ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. Elle entendit la nuance avant qu&rsquo;il la dise.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mais ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mais Ashfall n&rsquo;aime pas les gens qui entrent sans comprendre qu&rsquo;ils laissent quelque chose au seuil.</p>
      <p>S\u00e9l\u00e8ne aurait d\u00fb se lever. Pas par peur spectaculaire. Par bon sens. Un homme qui parlait des maisons comme d&rsquo;organismes possessifs, qui faisait pr\u00e9parer des bougies \u00e0 partir de ses notes priv\u00e9es, qui lui proposait d&rsquo;\u00e9crire dans un domaine isol\u00e9 sous la pluie, n&rsquo;\u00e9tait pas un partenaire de lancement normal. Mais S\u00e9l\u00e8ne n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e par le normal. C&rsquo;\u00e9tait une qualit\u00e9 dans le marketing. Un danger dans la vie. Elle le savait. Elle resta assise.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Qu&rsquo;est-ce que je laisse au seuil ? Eden ne r\u00e9pondit pas tout de suite. Il observa son visage comme s&rsquo;il cherchait la partie d&rsquo;elle qui poserait les mauvaises questions plus tard.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vos certitudes sur ce qui est fictionnel. La phrase entra dans le salon avec la pluie. S\u00e9l\u00e8ne sentit un frisson le long de sa nuque.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; C&rsquo;est une phrase tr\u00e8s travaill\u00e9e pour dire que vous avez des secrets.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Tout le monde a des secrets.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Non. Tout le monde a une intimit\u00e9. Les secrets, c&rsquo;est quand quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre pourrait saigner en apprenant la v\u00e9rit\u00e9. Eden ne sourit pas cette fois.</p>
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      <div class="audio-cue" data-audio="[AUDIO \u2014 horloge basse, pluie plus forte contre les vitres]">[AUDIO \u2014 horloge basse, pluie plus forte contre les vitres]</div>
      <p class="dialogue">&mdash; Par le fait qu&rsquo;elle vous garde vivante et vous met en danger avec la m\u00eame efficacit\u00e9. La phrase resta entre eux. S\u00e9l\u00e8ne ne r\u00e9pondit pas. Parce qu&rsquo;il avait raison. Et parce que sa raison, chez lui, ressemblait beaucoup trop \u00e0 une menace bien habill\u00e9e. Elle prit la bo\u00eete Baies sur la table.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je peux ? Eden regarda la bougie.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pourquoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si je vais d\u00eener avec votre m\u00e8re dans une maison qui parle en avertissements, je pr\u00e9f\u00e8re entrer avec mon propre parfum. Il l&rsquo;observa. Puis dit :</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Gardez-la ferm\u00e9e.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Encore une r\u00e8gle ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Un conseil.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Diff\u00e9rence ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous pouvez ignorer un conseil.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et une r\u00e8gle ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Aussi. Mais les cons\u00e9quences sont moins polies. Elle rangea la bougie dans son sac.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors nous verrons qui manque de politesse.</p>
      <p>Le couloir vers la salle \u00e0 manger \u00e9tait plus long qu&rsquo;il ne devait l&rsquo;\u00eatre. Ou peut-\u00eatre Ashfall avait-elle cette capacit\u00e9 des maisons riches : \u00e9tirer les trajets pour donner aux gens le temps de regretter leur courage. Les portraits d\u00e9filaient sur les murs. Des Veyr, sans doute. Des visages p\u00e2les, des femmes droites, des hommes qui regardaient le peintre comme s&rsquo;il leur devait de l&rsquo;argent ou un enfant. S\u00e9l\u00e8ne ralentit devant un portrait plus ancien : une jeune femme aux yeux noirs, le visage presque trop vivant pour la toile.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Irina, dit Eden. Elle tourna la t\u00eate.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Votre s\u0153ur ? Il ne r\u00e9pondit pas tout de suite.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. Un seul mot. Trop lourd. S\u00e9l\u00e8ne regarda le portrait. Il y avait dans les yeux d&rsquo;Irina quelque chose qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas vu sur le visage d&rsquo;Eden : une insolence br\u00fblante, plus difficile \u00e0 enterrer.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle est morte ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <div class="audio-cue" data-audio="[AUDIO \u2014 couloir long, pluie derri\u00e8re vitres, pas synchronis\u00e9s]">[AUDIO \u2014 couloir long, pluie derri\u00e8re vitres, pas synchronis\u00e9s]</div>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous dites \u00e7a comme une phrase qu&rsquo;on vous a apprise. Eden la regarda. Cette fois, la tension n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9l\u00e9gante. Elle \u00e9tait nue.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Attention, S\u00e9l\u00e8ne. Premier vrai avertissement. Pas celui de la maison. Le sien. Elle aurait d\u00fb reculer. Elle recula d&rsquo;un millim\u00e8tre, seulement.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord. Il sembla surpris.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. Je note la porte ferm\u00e9e. Ils rest\u00e8rent face \u00e0 face dans le couloir. La pluie tapait doucement contre les vitres. Puis, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la maison, un rire de femme monta. Clair. Contr\u00f4l\u00e9. Pas joyeux. Eden d\u00e9tourna les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ma m\u00e8re. S\u00e9l\u00e8ne reprit sa marche.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Allons rencontrer le deuxi\u00e8me avertissement. La salle \u00e0 manger s&rsquo;ouvrit devant eux. Grande table noire, chandeliers, fleurs rouges, couverts align\u00e9s comme des armes endormies. Au bout, Alth\u00e9a Veyr leva son verre. Cheveux blancs tir\u00e9s, robe ivoire, sourire sans chaleur.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Mademoiselle Moreau, dit-elle. Bienvenue \u00e0 Ashfall. S\u00e9l\u00e8ne sentit la bougie Baies dans son sac. L&rsquo;entr\u00e9e. Elle venait de comprendre que le parfum ne promettait pas seulement un d\u00e9but. Il marquait la premi\u00e8re porte qu&rsquo;on regrette trop tard d&rsquo;avoir ouverte.</p>
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      <p class="dialogue">&mdash; Par le fait qu&rsquo;elle vous garde vivante et vous met en danger avec la m\u00eame efficacit\u00e9. La phrase resta entre eux. S\u00e9l\u00e8ne ne r\u00e9pondit pas. Parce qu&rsquo;il avait raison. Et parce que sa raison, chez lui, ressemblait beaucoup trop \u00e0 une menace bien habill\u00e9e. Elle prit la bo\u00eete Baies sur la table.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Je peux ? Eden regarda la bougie.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Pourquoi ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Si je vais d\u00eener avec votre m\u00e8re dans une maison qui parle en avertissements, je pr\u00e9f\u00e8re entrer avec mon propre parfum. Il l&rsquo;observa. Puis dit :</p>
      <div class="audio-cue" data-audio="[AUDIO \u2014 couloir long, pluie derri\u00e8re vitres, pas synchronis\u00e9s]">[AUDIO \u2014 couloir long, pluie derri\u00e8re vitres, pas synchronis\u00e9s]</div>
      <p class="dialogue">&mdash; Gardez-la ferm\u00e9e.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Encore une r\u00e8gle ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Un conseil.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Diff\u00e9rence ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous pouvez ignorer un conseil.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Et une r\u00e8gle ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Aussi. Mais les cons\u00e9quences sont moins polies. Elle rangea la bougie dans son sac.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Alors nous verrons qui manque de politesse.</p>
      <p>Le couloir vers la salle \u00e0 manger \u00e9tait plus long qu&rsquo;il ne devait l&rsquo;\u00eatre. Ou peut-\u00eatre Ashfall avait-elle cette capacit\u00e9 des maisons riches : \u00e9tirer les trajets pour donner aux gens le temps de regretter leur courage. Les portraits d\u00e9filaient sur les murs. Des Veyr, sans doute. Des visages p\u00e2les, des femmes droites, des hommes qui regardaient le peintre comme s&rsquo;il leur devait de l&rsquo;argent ou un enfant. S\u00e9l\u00e8ne ralentit devant un portrait plus ancien : une jeune femme aux yeux noirs, le visage presque trop vivant pour la toile.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Irina, dit Eden. Elle tourna la t\u00eate.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Votre s\u0153ur ? Il ne r\u00e9pondit pas tout de suite.</p>
      <div class="audio-cue" data-audio="[AUDIO \u2014 verre cristallin, silence final, pluie qui continue]">[AUDIO \u2014 verre cristallin, silence final, pluie qui continue]</div>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. Un seul mot. Trop lourd. S\u00e9l\u00e8ne regarda le portrait. Il y avait dans les yeux d&rsquo;Irina quelque chose qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas vu sur le visage d&rsquo;Eden : une insolence br\u00fblante, plus difficile \u00e0 enterrer.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Elle est morte ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Vous dites \u00e7a comme une phrase qu&rsquo;on vous a apprise. Eden la regarda. Cette fois, la tension n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9l\u00e9gante. Elle \u00e9tait nue.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Attention, S\u00e9l\u00e8ne. Premier vrai avertissement. Pas celui de la maison. Le sien. Elle aurait d\u00fb reculer. Elle recula d&rsquo;un millim\u00e8tre, seulement.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord. Il sembla surpris.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; D&rsquo;accord ?</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Oui. Je note la porte ferm\u00e9e. Ils rest\u00e8rent face \u00e0 face dans le couloir. La pluie tapait doucement contre les vitres. Puis, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la maison, un rire de femme monta. Clair. Contr\u00f4l\u00e9. Pas joyeux. Eden d\u00e9tourna les yeux.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Ma m\u00e8re. S\u00e9l\u00e8ne reprit sa marche.</p>
      <p class="dialogue">&mdash; Allons rencontrer le deuxi\u00e8me avertissement. La salle \u00e0 manger s&rsquo;ouvrit devant eux. Grande table noire, chandeliers, fleurs rouges, couverts align\u00e9s comme des armes endormies. Au bout, Alth\u00e9a Veyr leva son verre. Cheveux blancs tir\u00e9s, robe ivoire, sourire sans chaleur.</p>
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  { kind: "endcard", ch: { n: 1, name: "La maison sous la pluie" } },
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